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L'histoire de Marie - 06/03/99

Marie regarda encore une dernière fois la mer, pas un souffle de vent ne semblait venir en troubler la surface, le ciel bleu s'y réfléchissait comme dans un miroir, il n'y avait qu'une voile au loin pour venir perturber l'immensité bleue.
Mais cette voile, aussi petite fut-elle, enchaînait Marie à cette dune. Le vent et le sable s'étaient pourtant ligués contre cette intruse mais malgré les rafales de vent qui mordaient dans sa chair, malgré le sable qui lui fouettait le visage, malgré le froid, Marie restait fidèle à son poste à regarder partir son homme...

Quand la voile atteignit l'horizon, deux larmes coulèrent le long de ses joues, elle sut que tout était fini. Comment changer ce que le destin avait prévu ?
C'était cette nuit même, elle se promenait dans la forêt et il y régnait une ambiance pleine de mystère. Plus elle avanšait et plus le brouillard devenait dense. La végétation elle-même semblait se dresser contre les éventuels promeneurs tant les ronces et les arbustes abondaient en ces lieux déserts.
Mais Marie savait parler aux plantes et à son passage elles s'écartaient pour la laisser passer. Elle continua son errance silencieuse jusqu'à atteindre la clairière où elle jouait enfant. Là, elle compris qu'il se passait quelque chose de magique en ces lieux car soudain l'antique menhir se mit à briller de milles feux.

Marie connaissait bien les légendes de son pays. Sa grand-mère maternelle était un peu sorcière et prétendait descendre de Merlin l'enchanteur, lui-même se réclamant des anciens druides. Elle avait bercé Marie de ses contes et de ses histoires puis l'avait initiée à la magie, au pouvoir des plantes, à l'histoire du petit peuple...
Aussi, Marie savait-elle parfaitement qu'il allait se passer quelque chose d'important en cette clairière qui avait jadis abrité de mystérieuses cérémonies.

La lumière se fit plus intense, le vent entraîna les feuilles qui jonchaient le sol en une danse frénétique et une force puissante écarta le brouillard du menhir sacré. Assaillie par les bourrasques de vent et la lumière, Marie ferma les yeux un instant se demandant s'il était bien prudent de rester en ces lieux. Certes elle faisait partie des initiés mais tout cela ne dépassait-il pas ses faibles pouvoir ?
Quand elle rouvrit les yeux, le spectacle qu'elle vit la saisit d'effroi ; sa propre grand-mère lui faisait face. Malgré son visage souriant, ses cheveux blancs, ses yeux doux, Marie ne pouvait s'empêcher de trembler en la voyant car après tout même bienfaisant, un spectre reste un spectre et Marie avait appris à s'en méfier.
Au bout d'un certain temps, elle retrouva un peu de son calme et le fantôme se mit à lui parler.
"Ma chère petite fille, je t'ai attiré en ces lieux pour te prévenir d'un grave danger qui menace ton bonheur." A ces mots Marie voulut parler mais le fantôme l'arrêta d'un geste
"Demain sera jour de deuil dans le village si les hommes partent en mer. C'est la mort qui les attend là bas. Je te charge de les convaincre, il te reste bien peu de temps." Puis le fantôme devint peu à peu transparent jusqu'à disparaî en répétant cette phrase :
"Il ne faut pas qu'ils partent..."

Marie resta longtemps à regarder la clairière maintenant déserte et ce furent les premiers rayons de soleil qui la tirèrent de sa torpeur. Aussitôt elle se remémora les mots de sa grand-mère et se précipita en direction du port.
Les ronces s'accrochaient à ses vêtements, les racines agrippaient ses pieds et milles fois elle manqua de tomber...
Quand elle arriva au port, le bateau était sur le point de partir. Et c'est une Marie hors d'haleine, les cheveux défaits, les vêtements déchirés qui se présenta devant son fiancé. Celui-ci croyant qu'elle venait lui dire au revoir déposa un baiser sur son front en sueur et se dirigea vers la passerelle. Marie le rattrapa par la manche le suppliant de ne pas partir mais les mots se refusaient à ses lèvres et c'est tout juste si elle put lui murmurer "Ne pars pas".
Il se dégagea doucement, l'embrassa de nouveau puis parti laissant sur le quai une Marie anéantie. Celle-ci regarda le bateau partir puis monta sur la dune. Le bateau s'éloigna peu à peu, puis une explosion vint illuminer l'horizon ; tout était fini.

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