Et si on parlait d'art ?
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Le petit fonctionnaire - Eté 2000

Il était une fois un fonctionnaire qui s'ennuyait. Toute sa journée consistait à taper des rapports, et des rapports, et des rapports,...
Quand il avait fini son rapport, il allait voir son supérieur qui lui disait : Tape-moi un autre rapport. Alors le fonctionnaire retournait à son bureau, déverrouillait sa machine et s'attelait à un autre rapport.
Un jour cependant, il décida que cela ne pouvait plus durer et alla voir son chef pour lui demander quelque chose de concret à faire. Celui-ci l'écouta avec intérêt, sans même sembler agacé que quelqu'un veuille ainsi remettre en cause le système en place.
Mais quand le fonctionnaire eut fini de parler, il conclut : Très bien, je vais faire un rapport à mon supérieur.
Alors le fonctionnaire s'en revint plus désespéré que jamais...

Bien sûr, il aurait pu espérer une réponse favorable du supérieur de son supérieur mais il se doutait bien à présent que cela finirait par un autre rapport. Peut être devrait-il faire lui-même un rapport sur ce sujet ? Ils en étaient bien capables !

Et puis un jour, le brave fonctionnaire n'en put plus, cessa de faire des rapports et se mit à être productif. De toute fašon, il était payé et on ne pouvait pas le licencier, autant en profiter.
Il se produisit alors une véritable révolution dans son service puisque quelqu'un osait être actif. Le spectacle était tellement épouvantable aux yeux de certains que l'administration connut cette année là des taux records de mutation ou de cures de repos et ce uniquement dans le service du petit fonctionnaire !
On commenšait même à murmurer au scandale.

Alors, le chef des fonctionnaires s'en alla voir le fonctionnaire et lui dit Cesser de travailler ! C'est un ordre ! Et pour appuyer sa demande, il présenta un avis de mutation - non encore signé - pour le centre de tri des rapports en devenir de Trifougny les Oies. Il y avait là de quoi faire hésiter le plus rebelle des fonctionnaires...
Et notre fonctionnaire dut renoncer à ses ambitions de travailleur.

Cependant, l'administration, en mère attentive, décida de lui épargner les longs et fastidieux rapports qu'il avait eus à faire. Dorénavant, il serait coordinateur général. Sa tache, bien moins pénible, consistait à rester assis toute la journée et à surveiller les heures d'arrivée et de départ de ses petits camarades.
Le cadeau était bien sûr empoisonné puisque coordonner généralement est encore moins supportable que rédiger des rapports.

Il avait bien essayé de prendre des livres, de faire son courrier,... mais on le lui avait strictement déconseillé.
Quant à dormir, il s'y refusait avec la toute dernière énergie. Alors que lui restait-il à faire ? Il pouvait bien sûr discuter avec les autres coordinateurs généraux (il y en avait 6 par portes) mais leur conversation n'était guère passionnante : les jours de congés, les heures de travail, les mutations espérées,...
Et puis depuis sa crise de travail, il était un peu tenu à l'écart.

Un jour, il prit sa décision, il alla voir son chef et lui présenta sa lettre de démission. Celui-ci s'en étonna, comment pouvait-on vouloir quitter un poste aussi tranquille que coordinateur général ? Un poste o¨ il n'y avait rien d'autre à faire que vérifier que tous les gentils autres fonctionnaires pointaient bien quand ils entraient ou sortaient ?
C'est justement parce qu'il n'y a rien à faire que je m'en vais répondit-il je ne veux pas passer ma vie sur une chaise à regarder passer les autres

Alors le chef signa la lettre de démission du fonctionnaire tout en l'exhortant une fois encore à reconsidérer sa décision. Mais s'en était fini, petit fonctionnaire était devenu grand.

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