Et si on parlait d'art ?
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Atelier d'écriture - 1

Pour ce texte, une seule contrainte : finir par la phrase suivante "Et j'ai laissé le Pacifique derrière moi, là, sur le quai, juste en dessous d'un papier de bonbon."

Ce matin le temps est gris et froid, un temps d'automne, à l'unisson avec mes pensées. Je sors de chez moi, frissonne un peu... Mais il faut partir, alors je ferme davantage mon manteau et m'enfonce dans la brume.

Aujourd'hui, nous allons tourner une page. Vider la maison de nos parents... Vendre les meubles... Jeter les objets de notre enfance... Garder quelques souvenirs peut-être...
J'ai essayé de retarder au maximum ce moment, mais il a bien fallut me résoudre à le faire.
Devant le portail m'attendent mon frère et ma soeur. Moi, je suis venu avec mon fils, je n'avais pas le courage d'y aller seul. Et puis... je voulais qu'il voit notre maison une dernière fois.

Ensuite, tout va assez vite. Nous commençons l'inventaire, vidons les meubles, remplissons des cartons, jetons, trions... Je m'oublie dans le travail, refusant les pauses, refusant de penser.
Pendant que les autres s'occupent des chambres, moi, je vais au grenier. Cette pièce, c'était ma pièce, celle où je me construisais des forts, où je délivrais des princesses... Mon aire de jeux privilégiée ou personne n'avait le droit d'entrer.

Mais de mon paradis d'enfance, que reste-t-il ? De la poussière, des toiles d'araignées, un vieux coffre, des meubles que personne n'avait pu se résoudre à jeter... Difficile d'y retrouver la magie de mes jeux d'antan.
Alors j'ouvre les armoires, je fouille un peu... des vieilles choses, des vieux draps... des souvenirs de gens qui ne sont plus... Je sens la tristesse me gagner...

Et puis, tout d'un coup, sans crier gare, c'est ma jeunesse qui revient à moi. Au fond du coffre, caché sous les draps, une boite à trésor, la mienne, celle où j'entreposais tous mes rêves.
Je regarde un temps la boite, la tenant du bout des doigts, n'osant en faire plus... Je me décide finalement... l'ouvrant avec précaution.

Mon Dieu, que de souvenirs !
Mon premier callot que j'avais gagné face à Pierre dans un combat acharné ! Un bon point, le seul que j'ai jamais eu peut-être...
Un vieux papier de bonbon.... c'était Sophie qui me l'avait offert... j'avais hésité tellement avant de le manger ! Et j'avais du me décidé à le partager avec elle, le jour où ses parents ont déménagé... gardant le papier comme un précieux souvenir...
Tellement de choses encore qui me semblent dérisoires maintenant !

Et puis un rêve, un rêve d'aventures : capitaine au long court...
C'était une vieille image découpée dans un magasine, une photo de voilier à quai, le Pacifique, prêt à partir pour l'océan.
Quand je l'ai vu, ça a été une révélation pour moi. Voilà ce que je voulais faire plus tard : naviguer. J'avais longtemps laissé l'image accrochée au dessus de mon lit et tous les soirs en m'endormant je rêvais de voyages, de tempêtes... capitaine...
Mais au final, que suis-je maintenant ? Un cadre, un col blanc, comme tant d'autre, quelqu'un dont la seule aventure de la journée sera un combat contre la machine à café ? Qu'il me semble soudainement loin ce rêve !

Je reste les yeux rivés sur la photo, les yeux humides... Je pensais trouver des souvenirs et je ne trouve finalement que des regrets...

Une voix m'arrache à mes pensées. "Patrick, tu en es où ? Nous on a fini en bas."
J'entends des rires dehors. Je regarde à la fenêtre, c'est mon fils qui joue à la balançoire. Quels sont donc ses rêves à lui ?
Et plus je le regarde, plus je me dis que ma vie, c'est lui, lui, ma femme, notre prochain enfant. Cela ne vaut-il pas toutes les aventures, tous les voyages ?

J'ai rangé mes souvenirs. Je ne me sens plus triste à présent, ils m'attendent en bas et avec eux j'ai encore tant de choses à construire. Je laisse la boite là, je n'ai pas besoin de ça.
Et j'ai laissé le Pacifique derrière moi, là, sur le quai, juste en dessous d'un papier de bonbon.

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