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L'histoire d'Angus - 09/02/99

Angus regarda autour de lui, rien ne venait troubler l'épaisseur de la nuit, pourtant il sentait comme une présence dans son dos. Il scruta de nouveau cet espace vide qui l'oppressait mais rien d'anormal ne se révéla à lui. Il décida alors de poursuivre sa route non sans jeter de temps en temps quelques regards dérobés.

Arrivé au pied de l'antique donjon d'Avalmon, il sentit ses jambes mollir et les battements de son coeur résonner comme mille tambours dans le silence nocturne. Il n'était pourtant plus temps de renoncer. Qu'importe les milles et unes présences furtives qui semblaient épier le moindre de ses gestes! Qu'importe l'air froid qui le glašait jusqu'aux os ! Qu'importe le vent du Nord qui mordait cruellement dans sa chair ! Il était bien trop engagé maintenant, une force invisible le poussait à continuer jusqu'au bout.

Angus ferma les yeux, il avait besoin de tout son calme pour atteindre son but, mais les souvenirs affluaient en masse dans son esprit et les remords torturaient son âme. Combien de fois aurait-il renoncé si n'apparaissait aussitôt le visage d'Isabelle pour tout balayer ? Combien de temps passa-t-il ainsi ? Il ne saurait le dire... Une minute? Une heure ? Une éternité peut-être...

Quand il rouvrit les yeux, il avait retrouvé sa sérénité. Il déposa son sac, l'ouvrit et en tira une corde. L'ascension, longue et pénible, pouvait commencer... L'épreuve se révéla plus dure que prévue et mil fois il manqua de tomber. Soudain, une pierre se descella sous son poids et tomba dans un fracas épouvantable. Angus accroché de tous ses ongles à la paroi n'osait plus respirer. Les minutes s'égrenèrent une à une avec une effroyable lenteur mais personne ne vint. Il reprit alors sa montée les jambes encore flageolantes en redoublant de prudence. Une fois en haut, il s'écroula sur le sol. Après quelques minutes, il se releva et hissa son sac au prix de moult difficultés.

Il s'assit alors sur l'un des remparts, le soleil se levait... Peut-être est-ce ma dernière aurore se dit-il, et il but goulûment ce spectacle comme un condamné boit son dernier verre. De nouveau les souvenirs l'assaillaient...

Toute sa vie il s'était battu en vain contre les ténèbres et jamais ses actions n'avaient trouvé de sens. Maintenant il savait, il allait enfin donner une raison à son existence. Il revit encore son enfance bourgeoise, une mère étouffante, un père absent, un avenir déjà tout tracé... Souvenirs d'école, de camarades trop vite passés sur sa vie, premières désillusions, premiers doutes,... rien que de très banal que tout cela. Et puis il y eut Isabelle, son pâle sourire, ses angoisses, sa fragile silhouette, ses yeux surtout tristes et joyeux à la fois. Oh les longues heures qu'ils passèrent à se regarder ! Que n'ont-elles duré une éternité ?

Aujourd'hui, Isabelle était partie, partie vers une vie plus exaltante, partie pour un autre qui donnerait un sens à sa vie, un homme engagé, un futur héros qui rêvait d'anarchie en ce royaume. Mais aujourd'hui ce sera lui le héros, par amour pour Isabelle, il tuera le roi et plongera son propre pays dans le chaos le plus total. Mais qu'importe ces futures heures sombres puisqu'elles le feront revenir dans le coeur d'Isabelle.

Angus sortit un fusil de son sac, le chargea, l'arma et attendit. Une demi-heure passa, longue et monotone avant que le roi n'arrive dans la cour entouré de ses gardes du corps et de la foule venue l'acclamer. Angus s'allongea sur le sol et glissa son fusil au travers d'une meurtrière. Il regarda à travers le viseur, il voyait la scène avec une effroyable netteté, qu'il est dur de tuer un homme quand il semble si près ! Angus appela encore le sourire d'Isabelle à son secours, il laissa passer deux battements de coeur, ajusta son tir, ferma les yeux et... PAN ! PAN !

Les détonations avaient résonné sec dans l'air frais du matin. Angus rouvrit brutalement les yeux, deux corps gisaient au sol. Il eut à peine le temps de réaliser ce qui s'était passé qu'il se sentit happé se trouva debout face à deux gardes armés qui l'enjoignirent à descendre. Angus les suivit, étrangement calme. La suite se passa comme dans un rêve, le roi lui donna l'accolade, le félicita et mil bravos retentirent...

Angus apprit plus tard que ce jour là il avait tué deux dangereux anarchistes qui se précipitaient sur lui l'arme au poing. Oui, il fut réellement un héros ce jour là... mais toujours le hanta depuis la robe blanche d'Isabelle soudain empourprée et sa longue chevelure défaite voile pudique sur son visage désormais sans vie...

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